Histoire du Pont de Joinville

Pont_de_joinville

Difficile d’imaginer qu’à l’emplacement du pont actuel bâti en 1943, se sont succédés des dizaines de ponts depuis le 13e siècle

Histoire du Pont de Joinville

Ce pont est à l’origine de l’actuelle commune de Joinville-le-Pont. Pourtant, jusqu’à la Révolution, ce pont dépendait de Saint-Maur-des-Fossés, dont il empruntait le nom (pont de Saint-Maur).

Origines

Le Pont de Charenton, dont l’existence est attestée dès le 7e siècle, restera pendant 4 siècles le seul ouvrage d’art permettant de traverser la Marne en sécurité en amont de Paris.Le débit de la Marne ne sera maîtrisé qu’à partir du 19e siècle et il est à cette époque bien différent de celui d’aujourd’hui. Le franchissement des guets est alors particulièrement hasardeux. Le bac offre une alternative plus sûre.

La présence d’un bac à l’emplacement du pont actuel est certainement bien plus ancienne que la charte datée de 1110 dans laquelle le roi de France Louis VI cède ses droits sur le bac à l’abbaye de Saint-Maur :

« … le cens de trois Sols que l’église des Fossés pour le passage du port qui est appelé Olins avait coutume de nous rendre chaque année pour le passage de ladite église. Nous en faisons remise perpétuelle à la susdite église, permettant que le port en tout temps soit exempt de charge… »

L’abbaye de Saint-Maur possède alors de nombreuses terres et droits dans les environs immédiats (bois de Vincennes, vignes sur les déclivités environnantes, prés sur l’île Fanac [charte de la fin du 12e siècle]…) et le bac lui permet de rejoindre ses terres sur la rive gauche de la Marne, notamment l’exploitation de Polangis.

L’étymologie du nom port Olin n’est pas clairement établie, mais selon certains auteurs, pourrait provenir du fait que le port ait été un lieu de transit pour le lin dont la culture était très répandue dans les environs. Le port d’Olin donnera au début son nom au pont, mais l’usage se perdra dès le 13e siècle au profit de pont de Saint-Maur ou pont des Fossés, d’après le village et de l’abbaye tout proches.

La construction du pont Olin

En 1205, Odon de Sully, évêque de Paris, demande à l’abbé Guido de construire un pont pour éviter les naufrages lors du franchissement réputé dangereux de la Marne. Interdiction est faite de bâtir un moulin sur ledit pont.

Le premier pont est édifié en bois et ceux qui suivront resteront dans le même matériau jusqu’au 17e siècle.

L’existence du pont est confirmée à plusieurs reprises au début du 13e siècle :

  • Thibaud de Beauborg cède en 1225 aux Bonshommes de Vincennes des « … saulx près le Pont Saint-Maur»
  • Un cartulaire de 1231 cite « Jean prêtre du pont Olin ou pont des Fossés… »
  • Un plaidoyer de 1276 devant le prévôt de Paris dans un conflit opposant l’abbaye de Saint-Maur et les habitants. Ces derniers se voient obligés de faire disparaître la route qu’ils avaient établie entre Polangis et le pont.

Dans les tourmentes dans la grande Histoire

Le pont possède déjà un rôle stratégique dans l’approche de Paris par l’Est. Il permet en effet de rejoindre la Brie et surtout les importantes foires de Champagne. Le pont facilite le contrôle de la circulation fluviale. Il sera un enjeu lors des différents blocus ou sièges de Paris :

  • Le dauphin (futur Charles V) emprunte d’ailleurs ce pont en mars 1358 pour fuir Paris au cours de la prise de pouvoir d’Étienne Marcel et utilise ensuite le pont et l’abbaye de Saint-Maur comme base pour le blocus de la ville
  • lors de la ligue du Bien Public, le pont est défendu par les ligueurs en septembre 1461. En 1465, Jean Potin, examinateur au Châtelet, rompt le pont avec six charpentiers pour assurer la sécurité de Paris.
  • Le moulin du pont est fortifié par les ligueurs et gardé par trente hommes en mai 1589. Un pont-levis déjà en place depuis 1548 vient renforcer les défenses. Le futur Henri IV, qui dispose de 15 000 hommes et deux canons prend d’assaut le pont le 25 avril 1590. Il fait passer la corde au cou aux survivants de la garnison.
  • Au cours de la Fronde, le prince de Condé franchit le pont avec ses troupes le 6 juillet 1651.

Retour au calme sous les Bourbons

En fonction de ces évènements et des aléas naturels, le pont est toujours rebâti en bois jusqu’en 1669 où certaines arches sont construites en pierre. Le vieux moulin banal de l’abbaye de Saint-Maur est alors réutilisé pour faire fonctionner la pompe approvisionnant les fontaines du petit parc du château de Saint-Maur. Les paysans qui y faisaient jusqu’ici moudre leurs récoltes près de l’abbaye doivent dorénavant se rendre au moulin du pont de Saint-Maur. S’ajoute en plus du moulin classique sur la seconde arche de la rive droite, un moulin dit machine du pont de Saint-Maur en 1678. Il s’agit en fait d’une pompe à eau dont le rôle est alors d’alimenter un réservoir situé au niveau de l’actuelle rue des Réservoirs à Joinville-le-Pont. Ce dernier approvisionnait alors les jardins du château de Saint-Maur en utilisant la déclivité.

PontStmaur1654

Le pont de Saint-Maur sur le plan de 1654

Le pont fait aussi une source de revenus :

  • Malgré l’interdiction originelle de bâtir un moulin sur le pont, plusieurs se succèderont dès le moyen-âge. La partie du pont s’étendant entre l’île Fanac et la rive droite est alors dénommée pont aux moulins.
  • Le 22 octobre 1384, Charles VI instaure un droit de barrage sur le pont.
  • Au tout début du 18e siècle Claude Beaucreux possède l’office de maître du Pont de Saint-Maur-lez-Fossés. Sa charge implique la perception d’un droit de péage sur la navigation ainsi que l’assistance aux mariniers souvent en difficulté dans le secteur.

Ce n’est qu’à partir du chantier mené par Gabriel en 1715-1718 que les onze arches du pont seront en pierre, avec les armes du roi de France gravées sur les voussoirs. L’état civil de Saint-Maur garde trace de la noyade sur le chantier de plusieurs ouvriers lors des années 1717-1718.

Joinville-le-Pont. Le pont de Joinville 1871

Les arches de la rive droite visibles sur cette photo de 1871 sont celles construites au 18e siècle

La construction de ce pont moderne arrive paradoxalement après le début du déclin de la circulation sur cet axe : la route empruntée depuis l’origine entre le pont et Paris suit le plateau de Gravelle, passe à l’emplacement de l’actuel lac Daumesnil, de la rue de Fécamp à Paris pour rejoindre la route venant de Bourgogne qui donne sur la porte Saint-Antoine. Or en 1658 le bois de Vincennes s’agrandit vers le sud pour englober le plateau de Gravelle. Une clôture interdit aux voyageurs d’emprunter ce chemin. La circulation doit alors emprunter le chemin longeant la Marne, apparu au 16e siècle, par Charenton. Cela allonge la route d’une lieue. Le pont de Charenton, plus en amont, devient alors la voie privilégiée pour rejoindre la Brie depuis Paris. Le pavage de la route vers Charenton en 1725 semble enrayer le déclin.

En 1790 on dénombre 400 voitures par jour pour l’approvisionnement de Paris et la présence de deux ports.

La configuration des approches du pont ne change guère jusqu’à la Révolution. L’île Fanac et les rives se composent principalement de près aux mains du clergé. Avec l’établissement des communes, le pont se trouve alors sur le territoire de la Branche du Pont, mais demeure dénommé Pont de Saint-Maur­ jusqu’au milieu du 19e siècle. Il prendra alors son nom actuel avec l’adoption définitive du nom de Joinville-le-Pont sous la Restauration. L’ancien moulin banal continue son activité : le comité de salut public réquisitionne le charpentier Michaut le 3 février 1795 afin qu’il le répare suite aux dommages causés par la débâcle des glaces.

Le Pont de Saint-Maur de nouveau dans la tourmente

Le pont voit encore des mouvements de troupes lors de la campagne de France à la fin mars 1814. La défense du pont de Saint-Maur est à la charge de 400 conscrits, qui ont à leur disposition 8 canons et un tambour en charpente sur la rive gauche afin de retarder au maximum les troupes du duc de Wurtemberg approchant depuis Neuilly-sur-Marne. La brigade allemande de Hohenhole parvient à forcer l’entrée du bois de Vincennes depuis Nogent-sur-Marne et porte alors un bataillon en direction du pont de Saint-Maur. Cette colonne est rejointe par une autre composée de 4 bataillons autrichiens de Stockmayer. Lorsque les Alliés débouchent du bois de Vincennes, ils prennent à revers les positions françaises. Après un combat bref, mais intense, le pont est emporté ainsi que 6 canons.

Le 20 mars 1815, le bataillon de l’école de droit occupe le pont avec deux canons pour Louis XVIII afin de barrer le passage aux troupes napoléoniennes sur le retour. Face aux ralliements de plus nombreux à la cause napoléonienne, le bataillon évacue rapidement le pont pour rejoindre Louis XVIII dans son exil.

À partir de 1822 débutent d’importants travaux de rénovation du pont, qui durent jusqu’en 1834. Les 6 arches du grand bras sont reconstruites sous la direction de l’ingénieur Baude. Les moulins sont démolis sur adjudication en 1824.

Joinville-le-Pont. Le pont de Joinville 1871 3

Le pont de Joinville début 1871 après la fin du siège de Paris

La défaite de Sedan en 1870 permet aux troupes prussiennes de rejoindre Paris pour l’assiéger. À la mi-septembre 1870, des uhlans en reconnaissance tentent de se saisirdu pont par surprise, mais échouent, non sans avoir blessé plusieurs sentinelles. Tous les ponts sur la Marne sautent alors afin d’empêcher leur prise par l’ennemi. Cette destruction gênera grandement les manœuvres françaises lors de la bataille de Champigny-sur-Marne. L’établissement de ponts de bateaux au cours de l’hiver 1870-1871 est rendu très compliqué en raison du fort courant.

Reconstruction et modernisation

Le pont est réparé en 1872. Il est alors associé à l’âge d’or des guinguettes et des sports nautiques. Le restaurateur Jullien de Bercy installe un restaurant au pied du pont et de nombreuses compétitions d’aviron ou de natation se tiennent au pied du pont, attirant un public innombrable.

L’augmentation du trafic sur le pont et les bouchons causés par le passage à niveau au croisement de la rue du Pont et de la ligne de chemin de fer Bastille-Verneuil-l’Etang, montre les limites du pont. Le but est de réaménager complètement de la circulation dans le secteur. L’ancien pont est détruit pour laisser place à un pont en béton, conçu par les ingénieurs Cosmi et Giguet. La construction dura entre 1937 et 1943.

Après le départ des Allemands en août 1944 le nouveau pont a risque la destruction suite à une contre-attaque. Le maire parvient in extremis à empêcher la destruction préventive du pont.

Compil_plans_pontjoinville_stMaur

Le Pont de Joinville du 17e au 19e siècle

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s